La Confédération Africaine de Football (CAF) prépare un projet inédit : la création d’une Ligue africaine des nations, inspirée du modèle européen. Cette réforme structurelle vise à moderniser les compétitions des sélections nationales et à renforcer leur compétitivité. Elle représente un changement institutionnel majeur et engage des responsabilités juridiques pour la CAF, les fédérations et les États membres.

 Contrairement aux compétitions existantes comme la CAN ou le CHAN, ce nouveau format introduira un système hiérarchisé avec montée en ligue 1, 2, 3 etc, descente et calendrier annuel régulier, favorisant la prévisibilité normative.

Selon le président de la CAF, Patrice Motsepe, le projet poursuit trois objectifs principaux : améliorer la compétitivité sportive, sécuriser les droits télévisés et revenus de sponsoring, et moderniser la gouvernance continentale. Cette initiative doit être encadrée par un cadre réglementaire juridique clair, respectant les obligations contractuelles des clubs et des joueurs, ainsi que les normes du droit du sport international.

La mise en place de la Ligue africaine soulève toutefois des risques juridiques et institutionnels. 

- Sur le plan juridique, il faudra prévenir les conflits liés au droit du travail des sportifs, encadrer strictement la libération des joueurs et limiter les recours devant le Tribunal Arbitral du Sport (TAS). 

- Sur le plan institutionnel, la centralisation excessive pourrait fragiliser les fédérations nationales et porter atteinte au principe d’équité, tandis que les contraintes logistiques et financières peuvent générer des inégalités structurelles entre pays.

Pour des pays comme la Guinée, cette réforme constitue une opportunité stratégique et un défi institutionnel. Elle peut renforcer la professionnalisation des sélections nationales et la visibilité internationale, mais elle implique également un engagement des pouvoirs publics, notamment en matière de sécurité, infrastructures et coordination diplomatique. La Ligue africaine doit donc être envisagée comme une véritable politique publique continentale, intégrant des garanties juridiques et un suivi institutionnel rigoureux.

MAGJURY recommande que la CAF adopte une approche progressive et juridiquement sécurisée, incluant une consultation formelle des fédérations, un cadre réglementaire harmonisé et une redistribution équitable des ressources. Une phase pilote est essentielle pour limiter les contentieux sportifs et institutionnels, assurer la gouvernance transparente et garantir l’équité entre États et fédérations, condition sine qua non de la pérennité et de la légitimité de la Ligue africaine des nations.

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