AFFAIRE DE L’AGRESSION À LABÉ : LE DROIT FACE À LA VIOLENCE DIGITALE

L'indignation a laissé place à l'action judiciaire. Après la diffusion virale d'une vidéo montrant le lynchage d'une jeune fille par ses paires, le parquet de Labé a frappé fort. Le dossier relatif à la violente agression d’une élève par un groupe d’amies connaît une avancée significative. Selon les informations obtenues par nos confrères auprès du parquet, six des sept filles impliquées dans cette affaire ont été interpellées et présentées à la justice.

​La scène, d'une rare violence, a suscité une vive indignation sur les réseaux sociaux. Des vidéos publiées le jeudi 5 février 2026 montrent une jeune collégienne se faire battre copieusement par sept jeunes filles, dont la plupart portaient leur tenue scolaire. Face à cette situation, les autorités ont réagi avec célérité. Le Procureur de la République près le Tribunal de première instance de Labé, Mohamed Samoura, a confirmé ce samedi 7 février que cinq d’entre elles ont été placées sous mandat de dépôt à la Maison centrale de Labé, où elles attendent désormais l'ouverture de leur procès. Une sixième suspecte, mineure, a été mise à la disposition de la gendarmerie en raison de l'absence momentanée du juge pour enfants lors de son défèrement.

​L'analyse des faits au regard du Code pénal guinéen (Loi n°2016/059/AN) souligne la gravité des sanctions encourues. La loi est claire : les violences volontaires, coups et blessures sont punis, même en l’absence de blessures visibles. Selon l’article 239, le simple fait de frapper quelqu’un constitue une infraction. Les sanctions s'alourdissent dès lors que ces violences causent une incapacité de travail (article 241) ou des séquelles permanentes (article 242). Le caractère organisé de l'attaque, la répétition des coups et la vulnérabilité de la victime sont autant de circonstances aggravantes qui pèsent sur le dossier.

​Par ailleurs, la captation et la diffusion de ces images ajoutent une dimension cybercriminelle à l'affaire, causant un préjudice psychologique supplémentaire à la victime tout en troublant l'ordre public. Il est crucial de rappeler que dans le système juridique guinéen, le Procureur de la République peut poursuivre les auteurs d'office. L’absence de plainte de la victime ou de sa famille n’arrête pas l’action publique : les violences physiques sont poursuivies pour protéger l'intérêt général.

​Le parquet a opté pour une procédure de flagrant délit, ce qui permettra une tenue rapide du procès, probablement dès le mardi 10 février. Tandis que la septième suspecte est toujours activement recherchée, le conseil de notre magazine juridique MAGJURY rappelle que ce qui est montré dans ces vidéos ne relève ni du jeu ni du divertissement. Il s'agit de délits, voire de crimes, que la loi punit sévèrement. Rire de ces actes ou les banaliser constitue une dérive sociale que la justice se charge désormais de corriger.

Par la Rédaction de MAGJURY