CRIEF : L’EX-PRÉSIDENT DE LA COUR CONSTITUTIONNELLE CLAME SON INNOCENCE FACE À L’ACCUSATION DE DÉTOURNEMENT

Par Moustapha Traoré

​L'ancien président de la Cour constitutionnelle, Mohamed Lamine Bangoura, a comparu ce mercredi devant la chambre de jugement de la Cour de répression des infractions économiques et financières (CRIEF). Incarcéré depuis décembre 2022, le prévenu a vigoureusement rejeté les accusations de détournement de deniers publics portant sur la somme de 20 milliards de francs guinéens.

​À la barre, Mohamed Lamine Bangoura a articulé sa défense autour d'une démonstration comptable visant à prouver l'inexistence matérielle des fonds incriminés. « En matière de gestion de compte public, on ne détourne que ce qui existe », a-t-il affirmé, précisant que la Cour constitutionnelle n'a jamais disposé d'un tel montant.

​Selon ses déclarations, l'institution ne bénéficiait pas d'un budget autonome mais d'une subvention trimestrielle de 1,2 milliard GNF. Il a également souligné une distinction juridique majeure : n'étant ni ordonnateur, ni gestionnaire direct des fonds, mission dévolue à un comité de trésorerie, sa responsabilité pénale ne saurait être engagée sur la base de la gestion financière.

​L'émotion était palpable lorsque l'accusé a rappelé la durée de son incarcération à la Maison centrale de Conakry. Détenu depuis plus de trois ans, Mohamed Lamine Bangoura a exprimé son souhait de poursuivre les débats malgré les contraintes liées au calendrier religieux (Carême et Ramadan), illustrant son empressement à voir son honneur rétabli.

​Son conseil, Maître Facinet Soumah, a soulevé une exception de taille : sur les neuf personnes initialement poursuivies dans ce dossier (pour corruption, enrichissement illicite et blanchiment), seul son client se retrouve aujourd'hui devant la barre. Pour la défense, cette situation constitue une « injustice indescriptible », remettant en question l'égalité des citoyens devant la loi et la cohérence des poursuites engagées par le Parquet spécial de la CRIEF.

​L'analyse de cette audience révèle une stratégie de défense axée sur :

  1. L'absence d'élément matériel : Contestation de la réalité de la somme de 20 milliards au sein des caisses de la Cour.
  2. L'irresponsabilité administrative : Absence de qualité d'ordonnateur des dépenses.
  3. L'abus de détention : Dénonciation d'une procédure jugée inéquitable en raison de l'absence des co-prévenus.

​Finalement, la Cour a prononcé le renvoi de l'affaire au lundi 23 février 2026 pour la suite des débats, maintenant le prévenu dans les liens de la détention.