L’exécutif guinéen à l’épreuve de la Cinquième République :  un diagnostic entre rationalisation structurelle et impératifs de droit

L’investiture du Mamadi Doumbouya du 17 janvier 2026 a agi comme le catalyseur d’une recomposition profonde de l’appareil d’État, dont l’acte de naissance juridique s’est achevé le 4 février dernier par la finalisation du deuxième gouvernement Bah Oury. En passant de trente-quatre à vingt-neuf départements, la nouvelle ossature ministérielle ne procède pas d’un simple remaniement, mais d’une véritable ingénierie de la « sobriété administrative ».

 Le constat liminaire est celui d’une recherche d’efficacité par la fusion, notamment à travers le regroupement historique de l’Économie, des Finances et du Budget sous l’autorité de Mme Mariama Ciré Sylla. Cette centralisation des leviers de la dépense publique pose toutefois un défi immédiat de continuité de l’État : le transfert de compétences et l’harmonisation des décrets d’attribution doivent s’opérer sans latence pour éviter une paralysie des chaînes de paiement.

​Sur le terrain de l’équité, le bilan est ambivalent. Si l’on note une percée qualitative des femmes à des postes de souveraineté économique et industrielle, la représentativité plafonne à 24 %, restant en deçà des ambitions de parité souvent invoquées par les textes internationaux.

En termes de compétences, l’Exécutif a privilégié une « technocratie de mission », reconduisant les piliers de la stabilité internationale comme Dr Morissanda Kouyaté aux Affaires Étrangères et Bouna Sylla aux Mines, sécurisant ainsi la continuité des engagements conventionnels du pays, notamment le méga-projet Simandou.

​L’inquiétude majeure des observateurs juridiques se cristallise sur la fusion des secteurs sociaux. La réunion de l’Éducation nationale et de l’Enseignement technique sous un même portefeuille dirigé par Alpha Bacar Barry constitue un pari risqué sur la capacité d’une administration unique à gérer des statuts de personnels disparates. Enfin, la nomination de M. Ibrahima Sory II Tounkara à la Justice, figure centrale de la lutte contre l’impunité et président du procès du 28 septembre, place la question des droits humains au cœur du contrat social de ce septennat.

Le succès de cette architecture dépendra de sa capacité à transformer ces fusions organiques en une véritable synergie normative, garantissant un État de droit protecteur au-delà de la seule efficacité comptable.

LISTE DES PORTEFEUILLES MINISTERIELLES

Portefeuille

Titulaire

Défense Nationale

Général Aboubacar Sidiki Camara

Justice et Droits de l'Homme

M. Ibrahima Sory II Tounkara

Affaires Étrangères, Intégration Africaine et Guinéens de l'Étranger

Dr Morissanda Kouyaté

Économie, Finances et Budget

Mme Mariama Ciré Sylla

Mines et Géologie

M. Bouna Sylla

Sécurité et Protection Civile

Général Ahmed Mohamed Oury Diallo

Administration du Territoire et Décentralisation

M. Ibrahima Kalil Condé

Plan, Coopération Internationale et Développement

M. Ismaël Nabé

Transports (Porte-parole du Gouvernement)

M. Ousmane Gaoual Diallo

Mines et Géologie

M. Bouna Sylla

Agriculture

Mme Aminata Kaba

Élevage

M. Félix Lamah

Pêche et Économie Maritime

M. Fassou Théa

Industrie et Commerce

Mme Fatima Camara

Enseignement Supérieur et Recherche Scientifique

Dre Diaka Sidibé

Éducation Nationale, Alphabétisation et Enseignement Technique

M. Alpha Bacar Barry

Santé et Hygiène Publique

Mme Khaïté Sall

Infrastructures

M. Facinet Sylla

Énergie

M. Laye Sékou Camara

Hydraulique et Hydrocarbures

M. Aboubacar Camara

Environnement et Développement Durable

Mme Djami Diallo

Urbanisme, Habitat et Aménagement du Territoire

M. Mohamed Lamine Sy Savané

Modernisation de l'Administration et Fonction Publique

M. Faya François Bourouno

Emploi, Travail et Protection Sociale

M. Mory Condé

Culture, Tourisme et Artisanat

M. Moussa Moïse Sylla

Femme, Famille et Solidarités

Mme Patricia Adeline Lamah

Jeunesse et Sports

M. Mamadou Cellou Baldé

Communication, Économie Numérique et Innovation

M. Mourana Soumah