Affaire Mohamed Lamine Bangoura à la CRIEF : le procès face au défi des co-accusés en fuite et d'un « bug » constitutionnel

​Conakry – La Cour de Répression des Infractions Économiques et Financières (CRIEF) a repris ce mercredi l’affaire impliquant l’ancien président de la Cour constitutionnelle, Mohamed Lamine Bangoura. Si le principal prévenu était à la barre, le dossier révèle une dimension plus vaste avec l'implication de plusieurs co-accusés frappés par la justice internationale.
​Selon les précisions de la juridiction spécialisée, Mohamed Lamine Bangoura n’est pas seul dans le viseur de la loi. Ses co-prévenus, Amadou Diallo, Sidiki Sylla et Rouguiatou Barry, sont officiellement déclarés en fuite.
 
​Un mandat d’arrêt international a été décerné à leur encontre le 7 novembre 2025. Ils sont poursuivis pour des faits graves :
​- Détournement de deniers publics ;
​- Corruption ;
​- Blanchiment de capitaux.
​L'accusation s'appuie sur un arsenal juridique robuste, notamment les articles 499, 764, 766, 771 et 776 du Code pénal, ainsi que les lois de 2017 sur la corruption et de 2021 sur la lutte contre le blanchiment de capitaux.
​Au-delà de l'absence des co-accusés, le procès se heurte à un obstacle juridique de taille que les observateurs qualifient de « bug constitutionnel ».
​En tant qu'ancien président de la plus haute institution judiciaire du pays (la Cour constitutionnelle), le statut de Mohamed Lamine Bangoura soulève une question de compétence fondamentale :
Le conflit de juridiction : La défense soutient que les actes reprochés ont été posés dans l'exercice de ses fonctions constitutionnelles, ce qui devrait théoriquement relever d'une Haute Cour de Justice (actuellement non fonctionnelle sous la transition).
​Le vide institutionnel : L'inexistence de cette instance spéciale crée une impasse. Si la CRIEF se déclare compétente pour juger un haut magistrat constitutionnel sans texte de transition explicite sur son immunité passée, elle risque de créer un précédent juridique fragile.
Conséquence sur le procès : Ce flottement juridique pourrait entraîner l'annulation de certaines pièces de la procédure ou une saisine de la Cour Suprême pour une exception d'inconstitutionnalité, ralentissant considérablement le rythme des débats.
 
​Malgré l'absence des fuyards et la complexité constitutionnelle du dossier, la CRIEF réaffirme sa détermination à faire toute la lumière sur cette affaire emblématique. L'enjeu est de taille : prouver que nul n'est au-dessus de la loi, tout en respectant le formalisme juridique complexe qu'impose le rang des anciens responsables d'institutions républicaines.