L'extraction de Toumba Diakité : un séisme pour le droit applicable en Guinée
CONAKRY – Après une matinée de psychose marquée par le déploiement de blindés et de forces d'élite à la Maison centrale, le Procureur général près la Cour d’appel de Conakry, Falou Doumbouya, a rompu le silence. Dans un exercice de clarification judiciaire, il revient par un communiqué sur les raisons qui ont poussé l’État à extraire en urgence le commandant Aboubacar Sidiki Diakité, dit « Toumba », pour le transférer à la Maison centrale de Coyah.
Selon les précisions apportées par le Procureur général, tout commence par une opération de contrôle de routine lancée le 9 février. Si la plupart des quartiers de la prison ont été fouillés sans heurts, permettant la saisie de drogues et d'armes blanches, le passage au quartier de Toumba Diakité a provoqué une rupture.
« Monsieur Aboubacar DIAKITÉ a fait preuve d’une attitude agressive en refusant de se soumettre à la fouille, tout en proférant des menaces à l’encontre des agents de sécurité », a martelé Falou Doumbouya.
Le magistrat souligne que ce refus de coopération n'était pas un acte isolé mais un danger pour la stabilité de l'établissement. Le comportement du détenu aurait créé des ondes de choc parmi les autres prisonniers, faisant craindre à l'administration pénitentiaire un embrasement généralisé dans un contexte déjà fragilisé par la tentative d'évasion survenue samedi dernier.
Le collectif des avocats "Toumba" dénoncent avoir été empêchés d'accéder à leur client à la Maison Centrale suite à des instructions interdisant les visites.
Il souligne que Toumba a déjà purgé près de 9 ans (purgé 8 ans, 10 mois, 27 jours) sur sa peine de 10 ans (bien que celle-ci soit en appel). Selon eux, ce transfèrement est un acte arbitraire car il a été décidé par l'Administration Pénitentiaire sans décision judiciaire préalable, violant ainsi les articles 1019, 1020 et 1113 du Code de Procédure Pénale.
Le collectif affirme qu'il n'existe aucun mandat régulier justifiant son incarcération spécifique à la prison de Coyah.
Le collectif d'avocats exige :
- La cessation immédiate de cette mesure qu'il qualifie d'attentatoire aux garanties fondamentales et à la sécurité juridique.
- Le retour immédiat du Commandant Toumba Diakité à la Maison Centrale de Conakry, lieu où sa détention est juridiquement fondée par son mandat de dépôt initial.
Le Parquet général a conclu en réitérant sa détermination à veiller au strict respect de la loi. En déplaçant l'un des détenus les plus célèbres du pays vers Coyah, à une cinquantaine de kilomètres de la capitale, les autorités guinéennes envoient un signal de fermeté : aucun détenu, quel que soit son grade ou son passé, ne peut s'opposer aux règles de l'administration pénitentiaire sans en subir les conséquences statutaires.
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