Kindia : le nouveau procureur de la République fixe le cap d’une action pénale ferme et structurée
Analyse MAGJURY
Nommé récemment procureur de la République près le tribunal de première instance de Kindia, Mamadou Bhoye Diallo a décliné, dans une interview accordée à nos confrère, les orientations majeures de son action pour l’année judiciaire 2026. Entre gestion du contentieux pénal, réaffirmation de l’autorité du parquet, respect des procédures et lutte contre la criminalité, le magistrat affiche une ligne de rigueur conforme aux exigences de l’État de droit.
Dans ses propos, le procureur rappelle avec clarté le rôle constitutionnel et légal du parquet. Représentant de la société et organe de poursuite, le procureur de la République exerce l’action publique et dirige les officiers de police judiciaire.
À ce titre, il insiste sur le fait que le parquet constitue le point d’entrée de toute procédure pénale, tant en matière criminelle que correctionnelle, réaffirmant ainsi le principe de subordination fonctionnelle des OPJ au ministère public.
Abordant son installation à Kindia, Mamadou Bhoye Diallo met l’accent sur la nature républicaine de sa mission. Loin d’une logique répressive isolée, il inscrit son action dans une démarche de service public, orientée vers la préservation de la paix sociale et la protection des citoyens.
Cette approche rappelle que l’autorité judiciaire ne s’exerce pas contre la population, mais au nom de celle-ci.
Sur le plan opérationnel, le nouveau procureur dresse un constat préoccupant : un volume important de dossiers criminels en attente de jugement, avec plusieurs personnes privées de liberté sans décision définitive.
La priorité annoncée consiste donc à organiser rapidement des audiences criminelles, afin de garantir le droit à un procès dans des délais raisonnables, principe fondamental consacré tant par le droit interne que par les instruments internationaux de protection des droits humains.
S’agissant des affaires correctionnelles, le fonctionnement régulier des audiences permet une meilleure maîtrise du contentieux, malgré l’insuffisance des effectifs au parquet.
Au-delà du traitement des dossiers, le procureur aborde une dimension souvent négligée : l’image de la justice.
Constatant l’état dégradé des locaux du tribunal à son arrivée, il indique avoir engagé, avec ses collaborateurs, des actions concrètes d’assainissement et de réhabilitation, sans attendre l’intervention de l’État.
Cette initiative s’inscrit dans une logique de responsabilité institutionnelle, la crédibilité de la justice étant indissociable de la dignité de son cadre de fonctionnement.
Sur les relations avec les officiers de police judiciaire, Mamadou Bhoye Diallo insiste sur le respect strict des règles de procédure pénale.
Il rappelle l’obligation pour les OPJ d’informer systématiquement le parquet de toute procédure et souligne le rôle de contrôle du ministère public, notamment en matière de garde à vue, dont les délais légaux demeurent, selon lui, fréquemment violés.
Cette position traduit une volonté de réaffirmer la légalité procédurale comme socle de l’action pénale.
Enfin, le procureur dresse la cartographie des infractions récurrentes dans la préfecture de Kindia : vols, viols et autres atteintes graves aux personnes et aux biens.
Sur ces faits, la ligne annoncée est sans ambiguïté : tolérance zéro, application stricte de la loi et poursuites jusqu’à leur terme.
Il alerte par ailleurs sur la recrudescence de la délinquance juvénile, marquée par des phénomènes de récidive, appelant à une mobilisation conjointe des citoyens, des OPJ et de l’institution judiciaire pour endiguer ce fléau.
Cette prise de parole du nouveau procureur de Kindia traduit une volonté claire de recentraliser l’action pénale autour de la légalité, de l’efficacité judiciaire et de l’autorité du parquet, dans un contexte où la justice est appelée à jouer un rôle central dans la consolidation de l’État de droit en Guinée.
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