Procès CRIEF : L'ancien président de la Cour constitutionnelle face à l'inventaire de son patrimoine

​À la barre de la Cour de répression des infractions économiques et financières (CRIEF) ce lundi 23 février 2026, Mohamed Lamine Bangoura a tenté de justifier l'origine de ses actifs immobiliers. Entre émoluments de haut magistrat et revenus fonciers antérieurs, le prévenu rejette tout enrichissement illicite.
 
​L'audience de ce lundi devant la chambre de jugement de la CRIEF a été marquée par l'interrogatoire au fond de Mohamed Lamine Bangoura. Poursuivi pour détournement de deniers publics, corruption, enrichissement illicite et blanchiment de capitaux, l'ancien haut magistrat a opposé une stratégie de défense fondée sur l'antériorité de ses biens et la collégialité de la gestion financière de son institution.
 
​Le parquet accuse l'ancien président de détenir un parc immobilier conséquent en Guinée et dans la sous-région (Dakar, Paris), dont la valeur globale se chiffrerait en centaines de millions de francs CFA.
 
​Pour sa défense, le prévenu a soutenu que l'essentiel de ses actifs, notamment ses duplex à Nongo et ses biens à Wonkifong (Coyah), ont été acquis dès 2009, bien avant son accession à la tête de la juridiction constitutionnelle. Il a également justifié une rentrée de fonds de 1,5 milliard de GNF issue d'un « troc immobilier » à Conakry, affirmant avoir versé l'ensemble des décharges au greffe du tribunal.
​Interrogé sur les flux financiers de la Cour, Mohamed Lamine Bangoura a détaillé l'architecture budgétaire de l'institution :
 
Budget annuel : 20 milliards de GNF votés par l'Assemblée nationale.
Comité de trésorerie : Le prévenu a affirmé s'être déporté de la gestion directe, confiée à un comité ad hoc (Président, Trésorier, DAF). « Une fois le procès-verbal validé, je n’intervenais dans aucune décision d'exécution », a-t-il martelé.
​Fonds électoraux : Il a reconnu la gestion de 5 milliards de GNF au titre de « fonds d'accompagnement » lors de quatre scrutins, tout en niant toute implication dans le paiement des baux de l'institution (loyers passés de 8 à 11 milliards de GNF).
 
​Pour justifier son assise financière, le magistrat a rappelé le niveau de traitement des membres de la Cour. Selon ses déclarations, ses émoluments mensuels seraient passés de 21 millions (à sa prise de fonction fin 2018) à 75 millions de GNF, un traitement qu'il qualifie de supérieur à celui des membres du gouvernement de l'époque.
 
« En tant que magistrat, je m’occupais exclusivement des questions de droit », a-t-il conclu pour se dédouaner des soupçons de malversations financières pesant sur l'administration de la Cour.
​Malgré ces explications, le ministère public a relevé plusieurs zones d'ombre et des « incohérences » dans le récit chronologique des acquisitions. Le juge président, Yacouba Conté, a ordonné le renvoi de l'affaire au 2 mars 2026 pour la poursuite des débats et l'examen des pièces comptables versées au dossier.