RÉINTÉGRATION ET ENGAGEMENTS CONVENTIONNELS DE LA RÉPUBLIQUE DE GUINÉE AU 39ÈME SOMMET DE L'UNION AFRICAINE

Compte rendu de notre correspondante

Le 39ème Sommet de l’Union Africaine, tenu à Addis-Abeba les 14 et 15 février 2026, a été marqué par une mutation profonde de sa direction exécutive. En vertu des règles de rotation régionale, S.E. Évariste Ndayishimiye, Président de la République du Burundi, a été investi en qualité de Président en exercice de l’Union Africaine. Son mandat s'inscrit dans une volonté de renforcer la souveraineté juridique du continent et de porter une voix unifiée au sein des instances multilatérales, notamment pour la réforme du Conseil de Sécurité de l’ONU.

Le fait saillant de cette session ordinaire réside dans la réintégration de plein droit de la République de Guinée. À la suite de la levée formelle des sanctions par le Conseil de Paix et de Sécurité (CPS) le 22 janvier 2026, l'État guinéen a recouvré l'intégralité de ses prérogatives souveraines au sein de l'organisation. Ce retour à l'ordre institutionnel, validé par la Commission de l'UA, marque la reconnaissance du nouveau cadre constitutionnel et la fin de la période de transition politique.

En marge des sessions plénières, la délégation guinéenne a procédé à la signature de plusieurs instruments juridiques et mémorandums d'entente (MoU) visant à sécuriser ses intérêts économiques :

  • Coopération transfrontalière et infrastructurelle : Un accord-cadre a été ratifié avec le Mali pour la sécurisation juridique du corridor portuaire de Conakry, facilitant le transit des ressources minières sous un régime douanier harmonisé.
  • Souveraineté des ressources extractives : La Guinée a réaffirmé son adhésion aux protocoles du Centre Africain de Développement Minier (AMDC), visant à imposer contractuellement la transformation locale des minerais de bauxite et de fer.
  • Partenariats financiers : Des accords de garantie ont été conclus avec le Fonds Africain de Garantie et de Coopération Économique (FAGACE) pour soutenir l'écosystème des PME locales dans le secteur extractif.

Le discours du Président guinéen a posé les jalons d'un « panafricanisme pragmatique », structuré autour de principes de droit international et de souveraineté économique :

  1. Souveraineté Permanente sur les Ressources Naturelles : Appel à la renégociation des conventions minières pour garantir une plus-value locale et une responsabilité sociétale des entreprises (RSE) accrue.
  2. Gestion Concertée des Ressources Hydriques : Proposition d'un cadre juridique régional pour la protection des bassins versants, transformant le statut de « château d’eau » de la Guinée en un instrument de diplomatie environnementale.
  3. Modernisation Normative : Incitation à l'intégration de l'Intelligence Artificielle dans les cadres de gouvernance publique pour accroître la transparence et l'efficacité administrative.

Le sommet a entériné la « Vision Africaine de l'Eau 2026 », un instrument normatif liant indissociablement l'accès à l'assainissement et la sécurité sanitaire. Sur le plan juridique, les États membres se sont engagés à harmoniser leurs législations nationales avec les statuts de l'Agence Africaine du Médicament (AMA) afin de favoriser la libre circulation des produits thérapeutiques certifiés « Made in Africa ».

Ce compte rendu constitue une synthèse des orientations majeures et ne saurait se substituer aux actes officiels et décisions adoptés par la Conférence des Chefs d'État et de Gouvernement.

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