CRIEF : POURQUOI LE PROCÈS D'ABOUBACAR MAKHISSA CAMARA PIÉTINE JUSQU'AU 4 MARS

Par Damba Morlaye 

​Le dossier de l'ancien Directeur général des impôts, Aboubacar Makhissa Camara, devant la Cour de Répression des Infractions Économiques et Financières (CRIEF), a connu un nouveau coup d'arrêt ce lundi. Poursuivi pour des chefs d'accusation graves, détournement de deniers publics, enrichissement illicite, blanchiment de capitaux et corruption, le prévenu a vu son audience renvoyée au 4 mars prochain. En cause : une inertie institutionnelle qui bloque l'avancée de l'instruction.

​Le blocage actuel réside dans la non-exécution des réquisitions émises par la Cour le 12 janvier dernier. Le juge Yagouba Conté avait alors ordonné une enquête patrimoniale exhaustive. À ce jour, le bilan des retours est jugé largement insuffisant par la chambre de jugement :

  • Secteur Bancaire : Sur l'ensemble de la place financière, seules Orabank, UBA et Coris Bank ont transmis les relevés des comptes du prévenu, de son épouse et de ses enfants.
  • Secteur Foncier : Un silence total prévaut du côté des conservateurs fonciers de Conakry et de Kindia, ainsi que de la Direction nationale des domaines et du cadastre.

​L'audience de ce lundi a été marquée par une divergence de stratégie entre les parties :

  1. La Partie Civile : Pour l'avocat de l'État, il y a urgence. Il a sollicité une mise en demeure formelle à l'encontre des institutions défaillantes afin de les contraindre à la transparence sous peine de sanctions pour entrave à la justice.
  2. Le Ministère Public : Le procureur Ousmane Sanoh a tempéré cette demande, la jugeant inopportune pour le moment. Il a néanmoins pris l'engagement d'user de son autorité pour garantir que toutes les pièces soient sur la table du juge avant le 4 mars.

​Ce renvoi souligne la complexité des procès pour enrichissement illicite. En droit pénal financier, la charge de la preuve repose souvent sur la disproportion entre le train de vie et les revenus légaux. Sans l'inventaire complet des comptes bancaires et du patrimoine immobilier (cadastre), la Cour ne peut légalement établir l'existence d'un "enrichissement illicite".

​L'audience du 4 mars sera donc un test de coopération pour les banques primaires et les services fonciers, dont le retard de réponse commence à paralyser l'action publique.