Rapatriement des Guinéens d’Allemagne : Mesure ciblée ou loi générale ?
Dans un entretien accordé à la rédaction de MAGJURY, le juriste Mohamed Condé, alias « Condé Le Juriste », apporte un éclairage nécessaire sur la nouvelle politique migratoire allemande. Entre fantasmes et réalités juridiques, il déconstruit l’idée d’une mesure visant spécifiquement la Guinée.
1. Une politique structurelle engagée dès 2018
Selon Mohamed Condé, le durcissement de la politique migratoire outre-Rhin n'est pas un événement fortuit. Dès 2018, les autorités allemandes ont amorcé une réforme progressive pour répondre à l'augmentation des demandes d'asile consécutive à la crise de 2015.
Avant toute décision, Berlin a mené des consultations élargies avec des États tels que la Syrie, le Maroc ou l’Afghanistan. L’objectif était clair : favoriser le retour volontaire et accélérer l’expulsion des déboutés du droit d’asile. Il s’agit donc d’une réforme globale du système, et non d’une offensive diplomatique contre un pays en particulier.
2. Le socle légal : La « Loi sur l’amélioration du rapatriement »
Le juriste précise qu’un tournant majeur a été opéré le 27 février 2024 avec l’entrée en vigueur de la Rückführungsverbesserungsgesetz (loi sur l’amélioration du rapatriement). Cette législation vise à réduire l'immigration irrégulière par des moyens accrus :
- Renforcement des expulsions pour les personnes condamnées pénalement.
- Extension de la rétention administrative avant le rapatriement.
- Pouvoirs de perquisition élargis (domiciles et téléphones) pour établir l'identité des migrants.
Cette loi revêt un caractère impersonnel et général : elle s'applique à tout étranger en situation irrégulière, quelle que soit sa nationalité.
3. La Guinée est-elle une cible particulière ?
À cette question, Mohamed Condé répond par la négative. Les statistiques parlent d'elles-mêmes : avec plus d'un million de Syriens et des dizaines de milliers d'Afghans ou d'Irakiens concernés, la Guinée n'est ni la principale nationalité visée, ni une priorité isolée de l'administration allemande. Elle subit, au même titre que d'autres nations, l'application uniforme d'une loi de souveraineté.
4. Responsabilité du Dr Morissanda Kouyaté : Le point de vue du juriste
L'analyse de Mohamed Condé lève toute ambiguïté sur la responsabilité du Ministre guinéen des Affaires étrangères. « En quoi le ministre serait-il responsable d'une loi souveraine adoptée par le Bundestag allemand ? », s'interroge-t-il.
Le juriste rappelle les faits :
- Souveraineté : La Guinée ne participe ni à la rédaction, ni au vote des lois allemandes.
- Coopération consulaire : L’envoi d’une délégation en décembre 2024 s’inscrit dans le cadre classique du droit international. Il s’agit d’une mission d’identification visant à garantir que les retours s'opèrent de manière organisée, digne et sécurisée.
- Vision nationale : En affirmant que la Guinée a besoin de main-d'œuvre pour ses chantiers, le ministre a tenté de transformer une contrainte diplomatique en une opportunité de développement national.
5. État des lieux en 2026
En 2026, l'Allemagne poursuit l'exécution de sa politique migratoire. Pour Mohamed Condé, les expulsions relèvent de la compétence exclusive de l'État allemand. Prétendre le contraire relèverait d'une méconnaissance grave des principes de souveraineté et du droit interne.
Conclusion de « Condé Le Juriste »
La polémique actuelle relève davantage de l’émotion politique que de l’analyse rigoureuse. La politique allemande n’est ni nouvelle, ni discriminatoire envers la Guinée. En tant qu'observateurs, il est de notre devoir de distinguer les faits des interprétations pour éviter les raccourcis qui alimentent la confusion sociale.
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