SOUVERAINETÉ CONTRE LÉGITIMITÉ : L'UA FACE AU DÉFI DU « BLANCHIMENT » DES COUPS D'ÉTAT
Le 39ème Sommet de l'Union africaine restera marqué par une onde de choc doctrinale. Alors que la République de Guinée célébrait son retour dans le giron continental, le Président sortant de l’exercice de l’Union Africaine, le Président angolais João Lourenço, a lancé une mise en garde qui redéfinit les contours du droit constitutionnel africain. En ciblant la pratique dite du « blanchiment » des coups d'État observée ou redoutée au Gabon, en Guinée et au Tchad, l’Union Africaine durcit le ton contre ce qu’elle qualifie de « normalisation de l’illégitimité ».
Le cœur de l'avertissement de João Lourenço repose sur une distinction fondamentale entre la forme et le fond du rétablissement de l'ordre constitutionnel. « Nous n’entendons pas affirmer que l’ordre serait rétabli du seul fait que les auteurs du coup d’État organisent des élections et s’y fassent élire », a-t-il martelé. Par cette déclaration, l’UA attaque de front la stratégie de la « transition circulaire », où le changement de Constitution sert de mécanisme de purification pour l'auteur d'une prise de pouvoir par la force.
Sur le plan du droit international, cette position s'appuie sur la Charte africaine de la démocratie, des élections et de la gouvernance (CADEG). L'analyse juridique de l'Uniin Africaine (UA) est sans équivoque : une élection ne saurait être un acte de purgation. Si l'origine du pouvoir est entachée d'un vice de forme initial, le processus électoral ultérieur, s'il est piloté par les auteurs du putsch à leur profit exclusif, est considéré comme une extension de l'acte anticonstitutionnel.
Au-delà de la sémantique, c’est la stabilité même du continent qui est en jeu. En qualifiant ces processus de « blanchiment », le dirigeant angolais dénonce une manœuvre de façade qui vide de son sens la notion de transition. Pour l'UA, accepter ce modèle reviendrait à créer une jurisprudence dangereuse où la force devient le préalable nécessaire à une nouvelle légitimité factice, fragilisant ainsi les fondements des principes de Lomé de l'an 2000.
Cette sortie intervient alors que plusieurs pays de la région sont en phase de consolidation de leurs nouvelles institutions. Elle pose un dilemme aux partenaires internationaux : faut-il privilégier la stabilité du « fait accompli » ou la rigueur des principes démocratiques ? L’Union africaine semble avoir choisi son camp, refusant de laisser le pragmatisme politique occulter la rigueur de la norme.
Pour Conakry, dont la réintégration a été actée lors de ce même sommet, cet avertissement résonne comme un test de crédibilité majeur. Le discours du Président Mamadi Doumbouya sur le « panafricanisme pragmatique » devra désormais naviguer entre cette exigence de légitimité institutionnelle et la volonté de transformation structurelle du pays. La reconnaissance internationale du processus guinéen dépendra de sa capacité à prouver que sa nouvelle architecture institutionnelle n'est pas une simple chambre de validation, mais un véritable socle de droit indépendant.
Le message d'Addis-Abeba est clair : le continent ne veut plus de « démocraties de façade » nées sous le boisseau de l'uniforme. Le défi de 2026 sera de transformer cet avertissement en un mécanisme contraignant capable d'influencer réellement les trajectoires nationales et de restaurer la valeur sacrée des urnes.
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